Ce qu’est l’Antéchrist

(Première partie d’un traité des anciens Vaudois, collectionné en l’an 1120.)

L’Antéchrist est une fausseté digne d’une damnation éternelle, couverte de l’apparence de la vérité et de la justice de Christ et de son Épouse ; il est opposé à la voie même de la vérité, de la justice, de la foi, de l’espérance, de la charité, opposé à la vie morale et au véritable ministère de l’Église, administrée par de faux apôtres, et défendue opiniâtrement par le bras écclésiastique et le bras séculier.

Ou bien, l’Antéchrist est une altération de la vérité du salut, cachée par des objets matériels et écclésiastiques, ou une frauduleuse contrariété à Christ, à son Épouse et à chaque membre fidèle. Ainsi, il n’est pas une certaine personne spéciale, ordonnée dans un certain degré, ou office, ou ministère, en considérant la chose en général ; mais la fausseté elle-même, opposée à la vérité dont il se couvre, et s’orne de beauté et de piété en dehors de l’Église de Christ, de noms, d’offices, des Écritures, de sacrements et de plusieurs autres choses.

L’iniquité de cette sorte, avec ses ministres supérieurs et inférieurs, avec ceux qui la suivent d’un cœur mauvais et aveugle : une telle assembléeée, prise ensemble, s’appelle Antéchrist, ou Babylone, ou quatrième bête, ou prostituée, ou homme de péché, fils de perdition.

Ses ministres sont appelés faux prophètes, ministres de ténèbres, esprit d’erreur, prostituée apocalyptique, mère de fornication, nuages sans eau, arbres flétris et morts, deux fois arrachés, vagues de la mer démontés, étoiles errantes, Balaamites, Égyptiens.

Il est appelé Antéchrist, parce que, couvert et orné de l’apparence de Christ, de l’Eglise et de ses fidèles membres, il s’oppose au salut opéré par Christ, et administré véritablement dans l’Église de Christ, et qu’il se place au rang des fidèles par la foi, par l’espérance et par la charité : à ces divers égards, il se montre contraire par une sagesse mondaine, par de fausses religions et par une bonté feinte, par le pouvoir écclésiastique, par la tyrannie séculière, par les richesses, par l’honneur des dignités, par les délices et par les plaisirs mondains. Il s’oppose à Christ par ces moyens.

C’est pourquoi que chacun sache que l’Antéchrist ne peut pas paraître en aucune manière, sinon lorsque les choses qu’on vient de nommer seront réunies ensemble pour former un parfait hypocrite et un parfait mensonge, c’est-à-dire lorsque les sages du monde, les hommes religieux, les pharisiens, les ministres, les docteurs, la puissance séculière, avec le peuple, seront réunis. Alors ils formeront ensemble l’homme de péché et d’erreur entier.

Car, au temps des apôtres, c’est une vérité que l’Antéchrist était déjà conçu, mais parce que, n’étant qu’enfant, il lui manqua de ses membres nécessaires, soit intérieurs, soit extérieurs. C’est pourquoi on pourrait l’avoir  connu, détruit et excommunié plus facilement, étant alors dans un état plus brut et grossier. Et il était muet, car il n’avait pas la sagesse qui sait raisonner, qui sait s’excuser, qui sait définir, qui sait prononcer des sentences ; car il lui manqua des ministres sans vérité et des statuts humains ; il lui manqua des hommes religieux extérieurement : en effet, il était bien venu, quant à l’erreur et au péché, mais il n’avait pas les choses avec lesquelles il put couvrir la souillure ou la vergogne des erreurs ou du péché. Comme il lui manquait des richesses et des dotations, il ne put pas prendre à gages des ministres pour lui ; il ne put pas les multiplier, les conserver, les défendre ; car il manqua de puissance ou de pouvoir séculier ; il ne put ni forcer ni contraindre personne de la vérité au mensonge.

Comme il lui manqua beaucoup, il ne put ni ébranler ni scandaliser personne par ses solennités. Et ainsi, étant trop tendre et faible, il ne trouva pas de place dans l’Église. Mais, croissant en ses membres, c’est-à-dire en ses ministres aveugles et hypocrites et en ses gens mondains ; et lui-même grandit jusqu’à être homme fait dans la plénitude de l’âge, c’est-à-dire jusqu’à ce que les hommes écclésiastiques et séculiers et les amis du monde, aveugles en la foi et étant mauvais, se sont multipliés dans l’Église avec tout pouvoir, l’Antéchrist voulant être invoqué, prié et honoré dans les choses spirituelles et couvrir son autorité, sa malice et ses péchés, a eu recours aux saints et aux pharisiens, en cela, comme il est dit ci-dessous.

Car c’est une extrême iniquité de cacher et orner une iniquité digne d’excommunication, et de vouloir paraître ce qui n’est pas donné à l’homme, mais qui appartient à Dieu seul et à Jésus-Christ en tant que médiateur. Enlever frauduleusement à Dieu, par rapine, ces choses et les transporter à soi et à ses œuvres doit être une extrême méchanceté, comme aussi de régénérer, de pardonner les péchés, de distribuer les grâces du Saint-Esprit, de confectionner Christ, et ainsi des autres choses semblables.

Et se couvrir dans toutes ces choses du manteau de l’autorité, de la forme des paroles, et tromper par ces choses le peuple ignorant, suivant ce que fait le monde dans les choses qui sont du monde : éloigner aussi de Dieu, et de la vraie foi, et de la régénération du Saint-Esprit ; éloigner de la véritable repentance, de la persévérance dans le bien ; éloigner de la charité, de la patience, de la pauvreté, de l’humilité, et, ce qui est le pire de tout, éloigner de la vraie espérance et la placer en tout mal et en la vaine espérance du monde ; fournir à tous les ministères pour ces choses, faire idolâtrer le peuple, servir frauduleusement les idoles du monde entier, sous le nom de saints, et les reliques, et prendre part à leurs services ; c’est ainsi que le peuple, s’égarant extrêmement de la voie de la vérité, croit servir Dieu et bien faire, on excite ce peuple à la haine, à la colère et à la méchanceté contre les fidèles et contre les amis de la vérité, et il fait beaucoup d’homicides, et ainsi l’Apôtre dit la vérité : Tel est l’homme de péché accompli, et c’est lui qui s’élève au-dessus de tout ce qui est Dieu ; et qui est servi, et qui s’oppose à toute vérité, et qui est assise dans le temple de Dieu, c’est-à-dire dans l’Église, se montrant de même que s’il était Dieu, et qui vient avec toute sorte de séductions pour ceux qui périssent.

Et si ce rebelle est déjà venu en toute perfection, il ne faut plus le chercher. En effet, par la permission de Dieu, il est formé et déjà vieux, puisqu’il décroît déjà. Car sa puissance et son autorité sont diminuées, et le Seigneur Jésus a tué ce méchant par le souffle de sa bouche et par beaucoup d’hommes de bonne volonté, et il fait intervenir une puissance qui lui est contraire aussi bien qu’à ses amis, qui dissipe ses lieux et ses possessions, et qui met la division dans cette cité de Babylone d’où toutes les générations tirent leur vigueur de malice.

À propos de Bob Goodnough

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