Épître de Gérard Roosen de Hambourg le 21 décembre 1697

[Gérard Roosen, ancien de l’assemblée mennonite de Hambourg-Altona, était tenu en haute estime partout parmi les mennonites en Europe. Il avait 85 ans au moment qu’il écrivit l’épître ci-dessous et il a vécu encore 14 ans. Au moment où il les écrivit, les mennonites d’Alsace se trouvaient aux prises avec deux crises, l’un externe, l’autre interne. L’annexion d’Alsace par la France était l’occasion des persécutions mentionnées dans le premier parti de l’épître. Mais Gérard Rooses s’inquiétait plus du désaccord parmi les mennonites d’Alsace créée par l’une de leurs ministres, Jacob Amman. Cela était le commencement de l’Église Amish.]

Mes bien-aimés amis et frères en Christ Jésus notre Seigneur, dans l’Alsace! Que beaucoup de grâce et de miséricorde, de paix et de consolation, de Dieu le Père céleste par Jésus-Christ, et l’assistance du Saint-Esprit soit avec chacun, et surtout la félicité et le salut dans cette vie et après dans la vie éternelle. Amen.

Bien-aimés! Mes pensées ont été souvent avec vous dans ce conflit pénible, et j’avais un souci pour vous; combien il doit être difficile à faire le ménage si l’un doit fuir ci, l’autre là, et qu’en conséquence il y aura un grand éparpillement! Donc j’ai parfois un désir de vous écrire, mais je ne savais pas comment le faire parvenir à vous, ayant envoyé plusieurs lettres au Palatinat dans les années passées sans avoir reçu aucune réponse. Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de Christian Blum, dans lequel il dit que vous pensez souvent de moi, et que vous vous souvenez de moi à toutes vos réunions.

Aussi, j’ai été poussé par un amour fraternel de me souvenir de vous et de vous rendre visite une fois de plus par lettre, parce qu’il ne m’est pas possible de venir personnellement à cause de mon âge et aussi la distance et le danger. Alors, je veux dire avec l’apôtre Paul : «Si je suis absent de corps, je suis avec vous en esprit» (Colossiens 2.5a). Il me peine d’entendre de l’opposition que vous devez endurer, pendant qu’ici nous vivons dans la paix; temporelle et spirituelle. Temporellement, j’espère que le reste et la paix viendront bientôt pour vous, si seulement vous ne deveniez pas des disciples des persécuteurs qui se disent chrétiens. Faites attention à Strasbourg, Alsace, et en France; il faut suivre le conseil du Seigneur Christ avec patience (Matthieu 10).

De plus, je suis sincèrement désolé que vous ayez été tellement troublés par certains qui pensent hautement d’eux-mêmes et qui font des lois au sujet des choses qui ne sont pas exigées dans l’Évangile. Si les Écritures apostoliques avaient énoncé comment et avec quoi un croyant devrait s’habiller, et une personne voyageant dans d’autres pays aurait rencontré des personnes qui vivaient contraires à ces règles, alors cette position pourrait être valide. Mais pour contredire l’Évangile en liant la conscience à une certaine forme dans des chapeaux, des chaussures, des chaussettes ou des cheveux, laquelle forme diffère d’un pays à un autre, et de prendre sur lui l’autorité d’excommunier ceux qui ne se soumettent pas à de telles règles; et de chasser de l’Église comme un levain ceux qui n’évitent pas un tel, c’est quelque chose que ni le Seigneur Jésus dans les Évangiles ni les saints apôtres ont commandé, d’être lié par ces choses externes, et n’ont donné ni lois ni règles dans cette question. À mon avis c’est ce que Paul veut dire en Colossiens, chapitre 2 : «Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit.» (Romains 14.17), pas ceci ou cela dans le style de vêtements, le Seigneur ne nous lie pas dans les choses externes.

D’où se trouve donc notre ami Jacob Amman l’autorité à faire des lois pour les gens, et puis à jeter hors de l’Église quelqu’un qui n’obéit pas? S’il se considère d’être ministre de l’Évangile de Jésus-Christ et s’il voudrait garder la loi littéralement, il doit aussi ne pas avoir deux manteaux, ne de l’argent dans son porte-monnaie, ni chaussures sur ses pieds. S’il n’observe pas la lettre de la loi de son Seigneur, comment ose-t-il exiger quelque chose de son voisin qu’il n’a pas reçu de son Législateur comme loi? Ô, qu’il fasse comme l’apôtre Paul, parce qu’on doit craindre le Seigneur, il faut traiter nos semblables avec la tendresse, et ne bouleverse pas leur faible conscience. Il est l’admonition de l’apôtre Paul de faire accueil à celui qui est faible dans la foi.

Dans toutes les lettres de Paul, nous ne trouvons pas un seul mot qu’il a donné des commandements aux croyants sur la forme ou le style de vêtements qu’ils devraient porter, mais plutôt qu’il nous exhorte à être attiré aux choses humbles. Je considère qu’il est bon et correct de se conduire selon les coutumes du pays dans lequel on habite. Mais il est raisonnable et juste que tout luxe, orgueil et luxure charnels soit évitée (1 Jean 2), et de ne pas accepter trop vite de nouveaux styles en vêtements ni les modifier pour se conformer à la mode. Cela est quelque chose qui doit être discipliné. Mais là où il est devenu l’usage courant dans un pays, il est honorable et bon d’accepter un tel usage, si on le fait dans l’humilité.

Merci à Dieu, je ne veux pas la convoitise des yeux ni l’orgueil de ce monde, mais j’ai toujours porté à peu près le même style de vêtements; mais si j’avais porté un autre style, selon l’usage commun du pays, devrais-je être excommunié à cause de cela? Cela serait déraisonnable et contraire à l’Écriture.

Le Seigneur a ordonné, bien sûr, qu’il doive y avoir de la discipline dans l’Église de Dieu pour les membres obstinés et tels qui résistent à la loi de Dieu dans l’Évangile. Par conséquent, on doit déterminer si ce que nous voulons lier y sera également lié, ou commandé à être lié.

Les Saintes Écritures doivent être notre norme. Nous devons nous y soumettre; non pas courir en avant, mais les suivre, non pas impétueusement, mais avec prudence, crainte et affliction; car il est une chose périlleuse dans le jugement de Dieu de lier sur la terre ce qui n’est pas lié dans le ciel.

Cela écrit en amour et vérité, pour service et instruction pour votre bien. J’ai senti contraint d’écrire à vous. Que notre Père céleste affectueux et Dieu de réconfort soit votre aide et force dans toute épreuve et qu’il vous bénisse, corps et âme, à son honneur et pour votre bonheur. Amen.

De moi, votre frère, Gérard Roosen de Hambourg.

À propos de Bob Goodnough

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